Le Journal du Dimanche
Très offensive, y compris au sujet de ses camarades socialistes qui vont publier, à jet continu, des livres de règlements de comptes dont elle sera le plus souvent la cible, elle a ironisé sur la "chaude affection littéraire" dont elle se sent entourée en cette fin août et la "vulgarité de certains propos qu'il vaut mieux ignorer". Mais peu importe, tout compte fait, ces camarades socialistes soudainement improvisés écrivains: "Ils sont plus tournés vers le passé que vers l'avenir. Les brebis égarées pourront toujours revenir au bercail."
Offensive, Ségolène Royal l'a également été à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Tout en saluant au passage le "mouvement réel et même frénétique" du chef de l'Etat, la présidente de la région Poitou-Charentes, qui avait fait venir pour l'entourer une bonne partie du staff de la Région, a multiplié les attaques sur la politique gouvernementale. "Annoncer la réforme, ce n'est pas l'accomplir. Paradoxalement, face à ce mouvement, ce qui menace le pays, c'est l'immobilisme. Les vieilles méthodes ressurgissent: empilement des lois, création de commissions tous azimuts..." Ségolène Royal tire à vue et réclame une évaluation "loyale et transparente" du double impact de la crise financière et du bouclier fiscal sur les finances du pays.
"Nous devons surmonter ce qui a pu nous diviser"
Mais le coeur de ses propos, la raison d'être de sa présence à Melle, une semaine avant l'université d'été de La Rochelle et à la veille de la traditionnelle fête de la rose d'Arnaud Montebourg à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), c'est de montrer sa différence. Face à un parti qui n'a longtemps fonctionné "qu'à coup de motions, de règlements de comptes brutaux et de synthèses illisibles"... "Le PS est un parti qui doute !, s'exclame-t-elle. C'est bien, c'est fructueux. Mais nous devons reprendre l'offensive."
Invoquant l'indispensable mutation idéologique que doit accomplir la gauche, la répartition nouvelle entre les droits et les devoirs et surtout l'éthique de la responsabilité, Ségolène Royal s'est dite débarrassée de "toute amertume" et "déterminée à prendre son temps" en vue de futurs combats électoraux dont il est clair qu'il ne s'agit pas des élections locales à venir ("Nous ne devons pas nous contenter de ces réussites-là"). L'ancienne candidate se positionne fermement: "Le parti, c'est nous. Nous nous y sentons bien. Je m'y sens bien", assure-t-elle lors d'un discours de près d'une heure trente au cours duquel elle réussit l'exploit de ne citer le nom d'aucun responsable socialiste. Même pas celui de Jean-Louis Bianco, pourtant présent hier à ses côtés et dont elle ne fit que peu de cas.
Elle interviendra vendredi matin aux universités d'été du PS
Concentrée sur sa nouvelle stature, Ségolène Royal prend l'engagement de tenir des propos "dignes et rassembleurs". "Vous ne m'avez jamais surprise à dénigrer untel ou untel. Je continuerai sur cette ligne. Il ne faut plus nous désunir à la première contrariété. Nous devons surmonter ce qui a pu nous diviser. Le parti ne doit pas, ne doit plus être le champ clos d'affrontements absurdes et de règlements de comptes inutilement brutaux." Sans nommer Laurent Fabius, elle fait huer la "désinvolture" de ceux qui, par le passé, n'ont pas su respecter le vote des militants. "Lorsqu'il n'y a pas de discipline, c'est le n'importe quoi." En conclusion, elle prône une alliance avec les centristes lors des prochaines élections municipales et rejette tout accord à la carte.
"Je m'oblige à ce besoin de rénovation. Mon ton sera moins enflammé lors de ce travail au long cours. Je ne suis en compétition avec personne. Je ne recherche rien d'autre que d'assumer mes idées. Je suis entièrement mobilisée et animée par un esprit solide." Revenant brièvement sur les erreurs de sa campagne, elle reconnaît avoir "parfois improvisé", mais ne s'attarde pas sur une autocritique qui sera le sujet essentiel du livre qu'elle s'apprête à faire paraître (Une étrange défaite en est le titre provisoire) chez Grasset.
Ségolène Royal a enfin confirmé sa présence, la semaine prochaine, aux universités d'été de La Rochelle, où elle interviendra à l'ouverture, vendredi matin, et dont seront absents la plupart des ténors socialistes comme Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Gaëtan Gorce. Seul Bertrand Delanoë pourrait faire le déplacement.
Sud-Ouest 25-08-07
Recueilli par Patrick Guilloton et Jean-Pierre Deroudille
Mme Royal, après vos vacances, comment allez-vous ?
Je vais très bien ! (Rires.) Je suis heureuse de me retrouver, après cette longue coupure, au contact des militants, des sympathisants, de tous ceux qui me demandaient au cours de l'été : « Qu'est-ce qu'on fait à la rentrée ? » J'assume une responsabilité. Le traumatisme de 2002 avec le départ de Lionel Jospin est resté dans les esprits, et les gens se demandaient si j'allais faire la même chose. Je leur dis que non, et qu'en même temps je ne suis pas pressée. C'est une rentrée en douceur, pas une rentrée tonitruante. Après l'aventure exceptionnelle d'une campagne, les épreuves, les chocs, les joies immenses, et les peines aussi, je suis aujourd'hui une femme différente, fidèle à mes intuitions, ma liberté de pensée et de parole. Mais plus lucide, sereine, déterminée, forte de ce que j'ai vécu et partagé.
Cette campagne vous a-t-elle changée ?
Je ne sais pas si c'est le terme exact. Il y a à la fois une renforcement de ma nature profonde et une dimension nouvelle qui me donnent envie de vivre à un rythme maîtrisé. Nous sommes inscrits maintenant dans un temps long. Le Parti socialiste reste à rénover, des idées neuves doivent germer, et je ne veux plus perdre la moindre seconde dans les affrontements stériles ou les violences verbales. J'ai un besoin profond d'apaisement et de maîtrise de mon temps.
Vous allez publier un livre sur cette campagne ?
Oui ! Il paraîtra fin octobre. C'est un bilan mais aussi une volonté de ne pas oublier la leçon.
Quand l'avez-vous écrit ?
J'ai pris beaucoup de notes pendant la campagne. J'ai beaucoup réfléchi cet été, même si je me suis beaucoup occupée de mes enfants. Maintenant, je vais m'y consacrer.
C'est indispensable parce qu'il y a encore beaucoup de questions, et ce que je veux, c'est que la leçon ne soit pas perdue, que ce moment démocratique intense laisse son empreinte.
Une chose demeure dans les esprits, c'est que sur le smic à 1 500 euros et les 35 heures, vous n'y croyiez pas ?
Je n'ai jamais dit cela. C'est une exigence de vérité. La politique ne peut plus se faire avec des slogans trop simplistes parce qu'alors ils ne sont pas totalement crédibles. J'ai dû bâtir un projet présidentiel très rapidement. Je participais à un combat collectif. Je me suis rendu compte au cours de la campagne que les propositions du projet socialiste sur le smic et les 35 heures rencontraient beaucoup d'avis dubitatifs. Comme j'étais très en écoute, j'ai bien vu que cette proposition du smic à 1 500 euros avait beaucoup moins d'impact que celle de mon adversaire sur l'exonération des heures supplémentaires, car nous n'avions pas défini comment la mettre en oeuvre.
Je suis peut-être trop sincère, mais on ne l'est jamais assez. Il est nécessaire de faire le bilan de ce qui a été compris par les Français. C'est pourquoi le programme du Parti socialiste devra être élaboré avec eux.
Le PS a aussi du mal, aujourd'hui, à se situer dans l'opposition...
Les gens ont soif de voir leurs problèmes résolus. Nous devons peser pour que les problèmes soient réglés, et pas seulement pour critiquer systématiquement.
Vous fixez-vous des échéances ?
On verra. Cela dépendra de ce qui va se passer dans les semaines et les mois qui viennent, comment nous pourrons fédérer et rassembler les intelligences. Il n'en manque pas à gauche et au PS, puisque même la droite y a fait appel !
Comment jugez-vous le premier bilan de Nicolas Sarkozy ?
Si on ne veut pas entrer dans la caricature, je dois lui reconnaître sa capacité de mouvement. Certains la jugeront excessive. C'est son style. L'important, c'est d'avoir un style, et ce n'est pas négatif. Nous avons quelqu'un qui démontre, au moins dans la forme, sa volonté que ça marche. Mais paradoxalement, le principal risque, c'est celui de l'immobilisme.
On voit bien que les réformes les plus douloureuses qui permettraient de remettre le pays sur le chemin de la croissance n'ont pas été faites. Au lieu d'évaluer la situation, on a droit à une nouvelle agitation. Le paquet fiscal a avantagé la rente plutôt que les entreprises dynamiques.
En matière politique, les municipales seront-elles l'occasion de conclure des alliances nouvelles ?
J'ai tendu la main à François Bayrou entre les deux tours de la présidentielle parce que les Français veulent qu'on sorte de l'affrontement bloc contre bloc. Je pense qu'en effet la question se pose d'une vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem, sur des projets municipaux. Mais pas de façon désordonnée.
Sur la responsabilité et la morale politiques, la dépense publique, il y a plein de questions sur lesquelles on peut se retrouver avec les centristes, mais en évitant que ce soient des alliances à la carte, qui risqueraient d'émietter le Parti socialiste, ce qui serait regrettable. Avec le Modem, qui a refusé toute proposition, les choses peuvent évoluer.
Votre présence à l'université du PS ?
Je ferai l'ouverture avec les cinq nouveaux députés de la région, parce que notre score a été exceptionnel ici, ce qui est aussi une forme de reconnaissance de la politique régionale. Je choisirai donc des thèmes d'action régionale qui ont un écho national, comme, par exemple, la décision de justice qui m'a donné raison contre le préfet sur les « contrats nouvelle embauche » et notre politique d'évaluation des OGM.
L'Elysée a fait savoir que Mme Sarkozy ne témoignerait pas devant la commission d'enquête sur la Libye...
Ce qui anormal, c'est que des annonces élyséennes soient faites avant même que la commission se soit réunie. C'est une atteinte dans la séparation des pouvoirs. Le président, qui est si actif et si disponible, comment peut-il refuser de s'y rendre ? Il doit être cohérent et ne pas changer de principes en fonction des ses intérêts. C'est la commissaion parlementaire qui doit dire si l'audition de Mme Sarkozy est nécessaire ou pas.




Obama : un extraordinaire
message d'espoir
La nouvelle Ségolène Royal 


Commentaires