Mercredi 12 décembre RMC
Le lien de l'interview sur RMC, L'invité du matin avec Jean-Jacques Bourdin
http://www.bfmtv.fr/podcast_video_bfmtv.php?id=8
Dernier-né des instituts, Opinionway, issu de la vague Internet, est stigmatisé dans le livre de Ségolène Royal comme une «machine» à la solde de Nicolas
Sarkozy.
Christophe Alix
QUOTIDIEN : mercredi 12 décembre 2007
«Ce fut comme un uppercut qu’on reçoit en pleine face sans comprendre pourquoi.» Mardi 4 décembre, lorsque les trois dirigeants fondateurs de l’institut d’études et de sondage Opinionway
découvrent dans leurs bureaux parisiens le livre de Ségolène Royal, ils n’en reviennent pas. Dans Ma plus belle histoire, c’est vous (Grasset), récit de sa campagne perdue, l’ex-candidate du PS
règle quelques comptes. Principalement avec ses amis socialistes. Mais Opinionway est également dans le collimateur.
Le dernier-né des instituts de sondages d’opinion, apparu en 2000 sur fond de vague Internet, a droit à sept pleines pages au chapitre «La machine de l’adversaire», avec en sous-titre un «On
n’est jamais si bien servi que par les siens» qui plante le décor. Opinionway est décrit comme un outil au service de la campagne de Sarkozy pour contrôler l’information et organiser un marketing
politique massif «sans rien laisser au hasard». L’ex-reine des sondages, qui leur doit en grande partie sa victoire dans les primaires socialistes, évoque ce «nouveau venu particulièrement zélé»,
appartenant à une petite nébuleuse d’agences «travaillant pour l’UMP», militants d’un nouveau genre «sur le front sondagier», aux méthodes «curieuses» centrées sur des sondages réalisés en
ligne.
«Caution scientifique». Le coup encaissé, les trois fondateurs d’Opinionway, qui ont fait leurs classes chez Ipsos et se présentent comme des entrepreneurs sans profil militant - même si le
président Hugues Cazenave a travaillé entre 1986 et 1988 pour Gérard Longuet, à l’époque ministre UDF -, publient illico sur leur site une lettre ouverte à Ségolène Royal. Ils font notamment
valoir qu’à côté des six grands instituts présents depuis plus de vingt ans sur le marché des enquêtes d’opinion, ils restent malgré leur très forte croissance un petit sondeur indépendant, 50
fois moins gros que la Sofres et «le plus vulnérable financièrement». La cible la plus facile dans ce secteur très concurrentiel «et pas toujours très confraternel».
«Oui, se défend Hugues Cazenave, on travaille beaucoup pour le Figaro, qui est un journal d’opinion, mais on n’est pas les seuls ! Ce client représente 10 % de nos études politiques.» Le député
PS Julien Dray qui a fait la campagne aux côtés de Ségolène Royal voit les choses différemment. «Opinionway a joué et joue toujours le rôle de caution scientifique d’un système bien huilé avec le
Figaro et LCI en relais d’opinion, explique-t-il. Comme ils sortent très vite et en premier leurs résultats grâce à leur panel directement interrogé en ligne, ils donnent la tendance et les
autres s’alignent derrière.» Un familier des études d’opinion avance pour sa part une hypothèse plus simple pour expliquer cette image d’institut «sarko dépendant» : «Leur motivation est sans
doute plus commerciale que politique, juge-t-il. Ils voulaient se faire un nom et ont tout fait pour plaire à leurs clients en choisissant des modes de traitement de la campagne qui ne pouvaient
qu’être favorables au candidat UMP.»
Panel. Sondeur «low-cost» comme le raillent certains, il reste le seul à réaliser des études d’opinion via Internet et même à recourir à des blogs pour certaines enquêtes. Des études «moins
chères, plus rapides et tout aussi fiables», plaide le cofondateur Benjamin Gratton. Pour lui, les débats d’aujourd’hui autour d’Internet sont les mêmes que ceux qui avaient agité la profession
il y a vingt ans, lorsque les enquêtes par téléphone - aujourd’hui généralisées - commençaient à remplacer les face-à-face. Le fait que la population internaute ne soit pas encore représentative
de la population française n’empêche en rien, selon Opinionway, que son panel de 50 000 internautes tirés au sort pour chaque étude le soit. Pourtant, 76 % des foyers appartenant aux catégories
socioprofessionnelles supérieures (CSP +) avec enfants ont accès à Internet à domicile contre seulement 48 % des CSP -, selon Médiamétrie. «Toutes les catégories de la population y sont
représentées comme dans n’importe quelle enquête téléphonique», se justifie Benjamin Gratton. Testé par le Cevipof, le Centre d’études de la vie politique française de Sciences-Po, une enquête de
l’institut «sorti du clic» a d’ailleurs montré, insiste-on encore chez Opinionway, «l’incroyable convergence entre les études téléphoniques et Internet».
Pour François Miquet-Marty, directeur des études politiques chez LH2 et seul sondeur à avoir répondu à notre enquête en acceptant d’être cité, cette polémique sur les accointances médiatiques et
les nouvelles méthodes d’Opinionway doit être relativisée. «La question soulevée n’est pas du tout celle de la légitimité d’Internet ou du prétendu caractère partisan d’Opinionway, mais de savoir
ce que mesurent réellement leurs enquêtes. En concentrant ses sondages sur Nicolas Sarkozy et en faisant réagir à chaud des gens qui l’ont regardé à la télévision - qui ont donc un préjugé plutôt
favorable à son égard -, il est évident qu’on obtiendra une majorité de réponses positives. Ce qui me gêne plus, conclut-il, c’est qu’on insinue que certains sondeurs seraient des lobbyistes
politiques. La question est légitime, mais tant qu’on ne dispose pas d’éléments concrets, cela ne fait que distiller un malaise nuisible à notre profession.» Pour le dissiper, Opinionway fait une
proposition dans sa lettre à Ségolène Royal : «Collaborer très prochainement avec elle.» Ce n’est pas gagné…
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/297352.FR.php
Les 10 milliards de contrats n'existent pas
Libye. En scrutant les contrats signés avec Tripoli, le compte n’y est
vraiment pas.
Grégoire Biseau
QUOTIDIEN : mercredi 12 décembre 2007
Lundi, dans la foulée de son entretien avec le président Kadhafi, Nicolas Sarkozy déclare devant la presse que la France «va signer pour une dizaine de milliards d’euros de contrats» avec la
Libye. Ce qui équivaut, selon l’Élysée à «30 000 emplois sur cinq ans». Mardi, par souci du détail, on prend donc notre calculette et on refait les comptes. Et là, surprise : on a beau refaire
les calculs, on est loin, très loin des 10 milliards annoncés. Revue de détail.
Les 21 Airbus
C’est le plus gros morceau: l’achat de 21 appareils par deux compagnies libyennes, pour 2,7 milliards d’euros selon l’estimation de l’Elysée. Sauf que cette double commande n’est en réalité que
la confirmation d’une intention d’achat signée en juin au Salon du Bourget. C’est-à-dire bien avant l’affaire des infirmières bulgares. Or, comme le précise Airbus, une intention d’achat se
transforme en commandes fermes dans «plus de 99 % des cas». Donc la France n’avait pas besoin de faire venir Kadhafi pour concrétiser la commande. De plus, autre (petit) détail : Airbus parle
d’un double contrat de 3,2 milliards de dollars, prix catalogue, soit 2,17 milliards d’euros. Ce qui fait 530 millions d’euros de moins que l’estimation de l’Elysée.
Les contrats militaires
Là c’est le grand flou puisque l’Elysée se contentait, hier, de répertorier une liste de matériels d’un «montant potentiel de 4,5 milliards d’euros». Mais aucun contrat ferme, juste «un
mémorandum sur la coopération en matière d’armement» , dans lequel l’Elysée espère fourguer notamment 14 Rafale, une cinquantaine de blindés et 35 hélicoptères Eurocopter, filiale d’EADS. «Mais
aujourd’hui, on n’a aucun élément précis sur les volumes, les types d’appareil et donc les montants d’un contrat. On ne sait pas très bien ce qui va remonter de cette négociation globale», relève
un cadre d’Eurocopter.
Le nucléaire
Passons sur les prétendus 2 milliards d’euros du contrat lié à la nouvelle coopération nucléaire entre les deux pays qui, toujours selon l’Elysée, recouvre «la fourniture de un ou plusieurs
réacteurs pour le dessalement de l’eau de mer» ainsi qu’un soutien «à l’exploration et à l’exploitation de l’uranium». Pour Areva, la vente d’une telle centrale si elle se réalise, mettra au
minimum plusieurs années avant d’être concrétisée.
Eau et BTP
Reste une dernière enveloppe de 2 milliards qui, d’après l’Elysée, recoupe notamment l’extension de l’aéroport de Tripoli (Vinci) et un contrat de gestion d’eau potable (Veolia). Hier, il
suffisait d’interroger les industriels concernés, pour mesurer leur embarras. «On n’a rien signé du tout. Sur l’annonce de l’Elysée, on ne souhaite pas faire de commentaire» (un cadre de Veolia).
«L’extension de l’aéroport de Tripoli ? Oui, on en a entendu
parler, mais aujourd’hui, ce n’est qu’un projet comme on en a plein dans d’autres pays» (un cadre de Vinci).
Résultat
Hier, le seul contrat commercial ferme signé (en dehors des 21 Airbus qui de toute façon auraient été vendus) était à mettre à profit d’Areva pour du matériel de transmission et de distribution
d’électricité, pour un montant de 300 millions d’euros. On est donc très loin des 10 milliards annoncés.
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/297412.FR.php
Commentaires